Accueil / Winezine / News / La femme et le vin, des croyances du passé au sexisme d’aujourd’hui

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Consommatrices, vigneronnes, critiques, les femmes dans le monde du vin, de l’Antiquité à nos jours. My Tasty Travel livre ici une réflexion sur la place de la femme dans l’industrie du vin.

Au XXIe quel est le rôle de la femme dans l’industrie du vin? Est-ce que ce secteur plein d’histoire a réussi à s’affranchir de ses vieilles traditions?

Le monde du vin est-il dans l’air du temps avec les mouvements féminins et féministes comme #MeToo ou reste-il conservateur?

Pour essayer de répondre à ces questions, tout d’abord, penchons-nous rapidement dans l’histoire.

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Dans l’antiquité, la boisson des dieux est interdite aux femmes

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Selon les historiens, le début de la viticulture date de 7 000 ans av. JC. La vinification quant à elle, voit sa première représentation, avec des scènes de pressurage et de vendange, en Egypte, au IIIe millénaire avant notre ère. Ce sont les Egyptiens qui auraient appris aux Grecs à cultiver la vigne. La viticulture devient alors un élément essentiel pour les Grecs qui implantent la vigne dans l’ensemble du bassin méditerranéen notamment en Italie, puis en Gaule en 600 ans av. JC.

A cette époque là, chez les Grecs ou les Romains, les femmes étaient interdite aux boisson des dieux au risque de perdre leur vie. Pourtant, les Egyptiennes avaient toute leur place dans la vigne et vinification.

Malheureusement dans l’Antiquité soit la femme est vue comme à l’origine de tous les maux de l’humanité ou « comme une éternelle mineure”. En Grèce, le quotidien des mères de famille est bien loin de l’image véhiculée par ces déesses libres et indomptables. La misogynie, mot pleinement grec était une pratique en plusieurs périodes de l’Antiquité:

« À quoi bon dire du mal des femmes ? N’est-il pas suffisant de dire : c’est une femme ? », disait le poète Carcinos au Ve siècle av. J.-C.).

Platon, dans le Timée, voit les femmes comme des hommes dégradés : 

« Parmi les hommes qui avaient reçu l’existence, tous ceux qui se montrèrent lâches et passèrent leur vie à mal faire furent, suivant toute vraisemblance, transformés en femmes à leur deuxième incarnation ». 

Plus dans l’Antiquité, Aristote disciple de Platon, partage sa vision masculine de la femme soumise et son infériorité et celle de l’esclave sont dans l’ordre naturelle des choses: 

« Ainsi, l’homme libre commande à l’esclave tout autrement que l’époux à la femme, et le père, à l’enfant ; et pourtant les éléments essentiels de l’âme existent dans tous ces êtres ; mais ils y sont à des degrés bien divers. L’esclave est absolument privé de volonté ; la femme en a une, mais en sous-ordre ; l’enfant n’en a qu’une incomplète » (Aristote, Politique).

En Rome Antique, interdiction aux femmes de boire du vin serait une tradition purement religieuse. En effet, l’Eucharistie, pendant laquelle le prêtre boit le vin consacré, ne peut être célébrée que par un homme. Le vin est à la base de nombreux rites culturels ou religieux. Sacralisé, le sang de la vigne, comme es appelé le vin, reste associé aux hommes. 

Aussi la croyance disait que le sang des femmes ferait tourner le vin, d’où l’interdiction ultime de descendre dans les caves.

« La falsification par l’épouse des clés du cellier était à l’époque un des trois motifs de répudiation reconnus par le très ancien droit romain, au même titre que l’adultère ou l’avortement volontaire (Villers 1977 : 42) ».

Source: Les femmes à travers l’Histoire

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Moyen âge – la femme faisait un usage médical du vin

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À la chute de l’Empire romain, c’est l’Église qui domine la culture de la vigne et du vin et ainsi de sa commercialisation. A partir du Moyen Age, la qualité des vins progresse et on ne le boit plus coupé à l’eau. Mais la femme reste éloignée de la viticulture.

La production de vin reste sacrée presque partout en France. À la fin du Xe siècle, Bordeaux serait la seule région viticole à ne pas être sous influence de l’Église. Les moines-vignerons avaient la notoriété publique et leurs vins produits dans des Abbayes étaient considérés d’une grande qualité.

Au Moyen-Âge, la femme était éloignée du vignoble mais avait le droit de boire du vin ainsi comme les enfants. Pour donner une idée, au XIIè siècle la population consommait environ trois litres de vin par personne et par jour. Il y avait des vignes un peu partout dans la Gaulle.

Si on buvait tant de vin, c’était parce qu’au Moyen-Âge, les sources d’eau étaient majoritairement polluées et les boissons alcoolisées étaient plus saines que l’eau. Les plus pauvres se contentaient de bière ou de cidre, mais les personnes qui avaient plus de moyens consommaient du vin.

La femme pouvait donc boire du petit déjeuner jusqu’au souper et même cuisiner avec. Elle s’en servait également pour laver, conserver ou encore dessaler des aliments. Enfin, son usage du vin était presque médical. Par ailleurs, le vin ne pouvait pas être posé sur la table, c’était très mal vu et ce jusqu’au XVIIIe. Aussi, seul le roi a droit à son propre verre, les courtisans et courtisanes doivent se partager un gobelet.

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Le début des Temps modernes, les veuves s’émancipent

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A la fin du XVIIIe siècle les veuves deviennent vigneronnes et on voit donc les femmes écrire l’Histoire du vin. Des noms qui ont résisté au temps et restent toujours et encore aujourd’hui connus de tous les amoureux du vin aussi connus que les dieux et déesses de l’Antiquités, comme une revanche … ces noms sont Veuve Cliquot, Jeanne Pommery

A Sauternes, en 1788 la veuve Françoise-Joséphine de Lur-Saluces reprend les rênes du Château d’Yquem qui grâce à son travail acquière la renommée internationale que nous connaissons plus de 200 ans après. Au 19ème, deux veuves champenoises, Alexandrine Pommery et Barbe Nicoles Clicquot, reprennent la tête des exploitations à la mort de leur mari et l’histoire (qui n’est pas finie) on l’a connait tous !

C’est vrai qu’elles ont dû faire un deuil pour devenir indépendante car à cette époque-là la femme presque comme dans l’Antiquité était considérée une enfant dépendante de son père, puis de son mari. La majorité arrivait seulement quand elle devenait veuve.

Malheureusement, le vin n’était pas autorisé à toutes les femmes. La morale bourgeoise érige d’ailleurs un code de bonnes manières qui décrète « femme de vin, femme de rien ». Ainsi une « femme honorable » ne boit pas de vin.

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>> Lettre imaginaire de la veuve Clicquot au peintre Léon Cogniet

 Au XIXe les femmes ne débouchent toujours pas une bouteille de vin

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Si au XIXe siècle les femmes commencent à cultiver la vigne et osent boire du vin sans complexe, certains stéréotypes qui les ont éloignées du secteur viticole restent vivants. Certaines règles de savoir-vivre rappellent aux femmes qu’elles ne peuvent pas se servir toutes seules et encore moins servir les invités. Demander alors à une femme qu’on lui remplisse son verre, quelle hérésie?! L’étiquette bourgeoise prévoit qu’un charmant monsieur ne laissent jamais une dame face à un verre vide. Pour certains il vaut mieux faire tourner la tête des femmes que de les laisser tourner le vin…

La femme qui n’est plus interdite au cellier ne peut toujours pas déboucher une bouteille et servir le vin, car ces gestes auraient toujours un caractère sexuel inconvenant pour une femme. Alain Testart, dans son article « Pourquoi les femmes ne débouchent-elles pas les bouteilles de vin ? » a tenté de comprendre cet usage misogyne. Une de ses hypothèses serait le manque de force de la gente féminine ou bien…

« Il y a bien une interprétation possible, et vous la voyez tout comme moi. La bouteille, en particulier son goulot à la forme allongée, est trop évocatrice d’un phallus, et la femme la recevant entre ses cuisses au beau milieu de ses invités serait comme si elle faisait l’amour devant eux, jusqu’au débouchage, non moins évocateur ».

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Au XXe, les femmes dans les vignes…

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La femme du 20ème siècle travaille dans les vignes, certainement, la situation économique post-guerre a fait l’impasse sur certaines croyances moyenâgeuses et coutumes bourgeoises du siècle passé. Cependant les activités presque uniquement dédiées aux femmes dans la vigne se réduisaient à la cueillette des raisins, au ramassage des sarments ou aux procédés de greffage.

D’autres croyances comme celle qui interdisait la femme d’entrer dans les chais avait du mal à se faire oublier.

« Jusqu’aux Trente glorieuses, les femmes dans le secteur vitivinicole restent cantonnées à une position d’inférieure voire de soumission (…) car, comme toute activité agricole, le travail de la vigne est un travail familial… »[1]

La mécanisation des années 1950-60 comme on veut nous le faire croire, est une histoire d’hommes ; les femmes n’étant pas considérées aptes à maîtriser les nouvelles technologies, restent dans une situation de précarité : sans salaire, assignée à une multiplicité de tâches subalternes.

Dans les années 1960-1970, plus besoin d’être veuve pour devenir vigneronne. Les femmes développent leurs propres domaines viticoles, se transforment en cheffes d’exploitations, apportant une identité à leurs vins avec des approches nouvelles et singulières. C’est la passion du vin qui les guident, après deux grandes guerres dans ce siècle, elles ne sont plus l’ombre de l’homme en tant qu’épouses ou filles de vigneron.

Une des pionnières de cette révolution fût Francine Grill, ancienne hôtesse de l’air qui prend les commandes du Château de l’Engarran dont son mari avait hérité. En 1978, elle fait sa première mise en bouteille dans un vignoble languedocien à la réputation un peu machiste. Elle raconte son histoire au Monde :

« Quand j’étais jeune, on me disait : « Que vous êtes belle ! » quand on buvait mon vin. Cela m’a un peu aidée à le vendre ! Mais il fallait savoir se défendre. »

« Il faut concrètement attendre l’extrême fin du XXe siècle pour voir, dans un contexte de prise en considération des revendications féministes et syndicales, la situation notablement évoluée », Jean-Louis Escudier, Les Femmes et la vigne : une histoire économique et sociale, 1850-2010

[1] Stéphane Le Bras, « Jean-Louis Escudier, Les Femmes et la vigne : une histoire économique et sociale, 1850-2010 », Genre & Histoire [En ligne], 18 | Automne 2016, mis en ligne le 01 janvier 2016, consulté le 21 mars 2021. URL : http://journals.openedition.org/genrehistoire/2622

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Aujourd’hui la femme consomme, produit et critique le vin

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Cette vision très figée de que le vin est une affaire d’homme tend à se moderniser. A nos jours, il n’est plus question de sang, de force, ni de cuisses. Les femmes sont devenues vigneronnes, consommatrices épicurienne (lire Quelles Consommatrices de vin sont les femmes), sommelières et même critiques de vin.

Grâce à l’explosion du secteur tertiaire dans le vin – marketing, design, communication, œnotourisme, on a vu les débuts de la féminisation du secteur. Mais aussi les métiers de la viticulture, et de l’oenologie attirent de plus en plus de femmes.

En France, à la fin des années 80, on comptait seulement 13,5% de vigneronnes, aujourd’hui 1/3 des exploitations viticoles sont commandées par des femmes, plus que la moyenne mondiale à 25%. La tendance confirme la féminisation du secteur grâce au remplissage à part égale des Bac d’école d’œnologie.

Mais (oui, il y a encore un mais entre nature féminine et celle du vin même au XXIe) le sexisme (et harcèlement) est bien réel dans le monde du vin (ce n’est pas différent des autres secteurs, un reflet de la société me dirait vous).

Après le scandale au sein de la Court of Master Sommeliers aux USA où 21 femmes ont déclaré avoir été harcelées sexuellement, manipulées ou agressées dans un article apparu au New York Times en octobre 2020. Un mois après, c’est le tour de la France de voir ces vieux mâles du vin hurler en place publique contre les femmes qui se sont opposées à la caricature sexiste publiée Michel Bettane & Thierry Desseauve dans le numéro 21 du 27 Novembre 2020 du « réputé » magazine En Magnum. La journaliste et caviste belge Sandrine Goeyvaerts (Association Women do Wine) aurait été menacée en privé par un des éditeurs du magazine, mais

À l’ère #MeToo, dans la plupart des autres milieux professionnels, ce comportement à l’égard des femmes aurait été répudié. Mais comme le secteur du vin a du mal à s’affranchir, restant peut-peut-être une affaire d’homme, le scandale a été plus ou moins passé sous silence hors réseaux sociaux.

Puisque le vin fait partie de notre culture et de notre quotidien, revenons à la vie de tous les jours. Qui n’admet pas que très souvent dans un restaurant branché c’est la femme qui apporte le plat et l’homme la carte de vin.

Et à la maison, cher.e lecteur.trice, à propos d’une chose si banale comme l’ouverture d’une bouteille de vin, qui est prêt à admettre que celle reste une tâche masculine? Serait-il une question de galanterie, de coutume et de traditions dépassées ? Et si désormais c’est à nous les femmes de déboucher notre bouteille de vin. Et si, ce soir, mesdames, nous tournons le vin (dans le verre bien évidemment!) pour dire basta? Pari lancé!

Et vous Messieurs, avez-vous déjà offert une belle bouteille de vin à votre femme ou votre mère ? (La bouteille à boire lors du repas ne compte pas!). Osez lui offrir un cadeau œnophile, un cours d’œnologies, un abonnement My Tasty Travel. Visitez notre boutique pour cassez les codes et faire plaisir aux femmes qui vous entourent. Deuxième pari  lancé!

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