Alors que la nouvelle édition de Wine Paris débute ce lundi, retour sur une rencontre clé avec Rafael Romagna, Responsable de la promotion internationale de Wines of Brazil, réalisée il y a un an, lors de l’édition 2025, marquant un tournant pour les vins brésiliens.

Pour la première fois de son histoire, le Brésil participait officiellement à Wine Paris. Une présence encore confidentielle en nombre, seulement trois domaines (Casa Valduga, Miolo et Bom Dia Brazilian Bubbles) mais stratégique et très remarquée. À cette occasion, Raice Cabral-Lesellier (DipWSET) de My Tasty Travel a interviewé Rafael Romagna. Un entretien qui éclaire la montée en puissance des vins brésiliens, leur positionnement singulier – notamment dans les effervescents – et les ambitions d’un pays encore trop méconnu sur le marché européen.

Raice DipWSET – En 2025, le Brésil était représenté pour la première fois à Wine Paris. Pourquoi une arrivée si tardive sur un salon de cette envergure ?

Rafael Romagna: Aujourd’hui, nous travaillons dans le cadre d’un projet sectoriel soutenu par ApexBrasil (Agence brésilienne de promotion des exportations et des investissements), avec un plan d’actions précis incluant des opérations de communication et des actions structurantes. Ce plan dépend directement du budget alloué : nous avons obtenu un financement historique de 10 millions de reais sur deux ans (environ 1,6 millions d’euros), couvrant la période 2024–2026.

Initialement, la France ne faisait pas partie de nos pays cibles. Mais la montée en puissance spectaculaire de Wine Paris ces dernières années a changé la donne. Nous avons donc décidé d’y participer en 2025, à titre de projet pilote avec trois domaines (Casa Valduga, Miolo et Bom Dia Brazilian Bubbles), afin d’évaluer le potentiel réel du salon pour les vins brésiliens.

Raice DipWSET: Quel bilan tirez-vous de cette première participation (en 2025)?

Rafael Romagna: Les retours des domaines ont été extrêmement positifs. Nous avons clairement senti une curiosité et une demande. Le Brésil apparaît aujourd’hui comme un facteur de différenciation sur la scène internationale. Cette première participation a confirmé que le vin brésilien commence à être reconnu et suscite un intérêt croissant. Notre objectif est donc de pérenniser cette présence, en renforçant les actions de promotion, non seulement sur le plan commercial, mais aussi en termes d’image.

Raice DipWSET: Le Brésil sera-t-il de retour à Wine Paris en 2026 ?

Rafael Romagna: Au vu des retours des domaines, nous pensons qu’il y aura davantage de producteurs et une présence plus forte. Nous continuerons à développer notre concept de communication : “Enjoy the fresh side of life”, une signature créée avec notre agence au Brésil. Elle évoque à la fois le “frais”, caractéristique majeure de nos vins – notamment nos effervescents – et la “nouveauté”, car le Brésil reste encore une découverte pour de nombreux professionnels du vin.

Raice DipWSET: Justement, qu’est-ce qui rend les pétillants brésiliens si particuliers ?

Rafael Romagna: En plus de la fraîcheur, qui, je pense, est le principal attribut que nous avons également utilisé dans notre campagne de communication, nous avons un vin pétillant de grande qualité. En 2024, le Brésil a remporté plus de 700 médaillés internationales avec des vins en général, mais la grande majorité avec des vins mousseux. Donc, encore une fois, le monde commence à reconnaître la qualité et je pense que c’est aussi le grand différenciateur, la qualité de nos produits.

Raice DipWSET: Quand le Brésil a-t-il compris qu’il pouvait produire de grands effervescents ?

Rafael Romagna: Le tournant s’est opéré dans les années 1990, avec l’ouverture du marché brésilien aux vins étrangers. Les producteurs ont alors compris qu’ils devaient investir dans la technologie, la formation et le savoir-faire.

Dans les années 2000, avec le lancement des actions de promotion à l’international, le Brésil a commencé à acquérir une véritable expertise. Cette accumulation d’expériences a permis une évolution remarquable, notamment dans le secteur des effervescents.

Raice DipWSET: Comment les effervescents brésiliens peuvent-ils séduire un marché aussi mature que l’Europe ? Face au Prosecco, Cava, Champagne, comment vous positionnez-vous ?

Rafael Romagna: Nous ne cherchons pas à imiter. Notre positionnement repose sur notre singularité : cette fraîcheur distinctive, notre diversité climatique — du Nordeste aux régions du Sud —, et une approche résolument contemporaine du vin mousseux.

L’Europe reste un marché encore récent pour nous. Nos principaux marchés aujourd’hui sont les États-Unis et la Chine. Notre stratégie consiste à accompagner les domaines dans leurs actions promotionnelles et à structurer leur présence à l’international.

Par ailleurs, une nouvelle génération de professionnels arrive dans les domaines brésiliens. Beaucoup disposent désormais de Brand Ambassadors en Europe, ce qui renforce considérablement notre visibilité et complète les actions du projet Wines of Brazil.

Raice DipWSET: Le principal frein pour le vin brésilien reste-t-il le prix ?Pourquoi les vins brésiliens sont-ils si chers sur les marchés d’exportation ?

Rafael Romagna: C’est notre talon d’Achille. Plusieurs facteurs se cumulent. D’abord, le prix de la logistique post-Covid a explosé. Ensuite, nous manquons d’expérience : en 2023, nous avons exporté 13 millions de dollars de vins mousseux — un record, mais dérisoire comparé aux grands pays exportateurs.

Mais le vrai problème, ce sont les barrières tarifaires asymétriques. Le Chili, grâce à ses accords avec l’Europe, exporte ici sans taxes*. Dans l’autre sens, chaque pays nous impose des barrières qui renchérissent considérablement nos vins. Sans compter la chaîne de distribution — importateur, distributeur, détaillant — qui multiplie les marges.

L’accord bilatéral Brésil-Europe pourrait améliorer les choses, mais les négociations avancent lentement. Ce défi nécessite un engagement politique profond, et honnêtement, le vin n’est pas une priorité pour l’agro-business brésilien.

*Les vins chiliens rentrent sans taxes sur le marché européen dans le cadre de l’Accord d’association Union européenne–Chili (en vigueur depuis 2003), qui prévoit la **suppression des droits de douane** et facilite largement leur accès au marché de l’UE. Suivi de l’accord commercial intérimaire (ATI) UE-Chili en vigueur le 1er février 2025.

Raice DipWSET: Y a-t-il un manque de volonté politique autour du vin brésilien ?

Rafael Romagna: Je ne dirais pas un manque de volonté, mais plutôt une question de priorités. L’agro-industrie brésilienne repose sur des produits stratégiques majeurs. Le vin représente encore une part modeste de l’économie nationale, ce qui explique un soutien institutionnel plus limité.

Raice DipWSET: Les enjeux environnementaux et sociétaux sont-ils intégrés par la filière ?

Rafael Romagna: Oui, clairement. Depuis environ quatre ans, de nombreuses entreprises ont intégré des démarches RSE. Certaines initiatives sont exemplaires, comme le glossaire du vin en langue des signes développé par Salton, ou les projets de durabilité menés par Aurora et d’autres acteurs. Ces préoccupations ne sont plus optionnelles : elles sont désormais essentielles pour répondre aux attentes des consommateurs du monde entier.

Raice DipWSET: Un conseil aux domaines brésiliens qui souhaitent s’exporter ?

Rafael Romagna: La clé, c’est la structuration. Trop de petits domaines ont des départements mal définis, des stratégies floues. Il faut étudier les marchés, maîtriser la tarification, faire des visites techniques dans des salons comme celui-ci. Et surtout, comprendre que l’exportation est un investissement à long terme. On ne vient pas à un salon et on commence à exporter le mois suivant. Le Brésil travaille son image à l’international depuis plus de vingt ans, et ce n’est qu’aujourd’hui que les résultats commencent à être visibles.

🎙️ Interview réalisée en portugais – traduction libre en français. Propos recueillis par Raice DipWSET à la Wine Paris 2025

Lire aussi

Le Brésil à Wine Paris 2026 : d’une découverte à une stratégie durable