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20Culture-Décembre 2020

Oui, nous sommes bien d’accord, l’année qui s’achève est celle de tous les défis. Face à la pandémie qui nous est tombée dessus en nous laissant KO, on nous demande de rebondir, de nous réadapter, de nous réinventer, tout un programme exigent et ô combien existentialiste. 

Nous avons vécu une année empêchée. Difficile. Douloureuse. Inquiétante. Inédite. Un virus nous a obligés à rester confinés, éloignés les uns des autres, en manque d’amour, de tendresse, d’amitié. Fini les grandes tablées, les apéros, les rencontres, les retrouvailles, les fêtes, les baisers à n’en plus finir. Trêve des plaisirs. Comme dirait Jean d’Ormesson, « c’est une chose étrange à la fin que le monde… »

Mais je m’égare, car le sujet de cette chronique est bel et bien le vin, cet élixir. « Rien ne surpasse le pain et le vin dans la mémoire mythique et nourricière de l’homme », dixit Bernard Pivot. Peut-être que dans un contexte pareil il est de bon augure de se tourner vers cela : les valeurs sûres. Qu’il soit effervescent, jeune, mousseux, cuit, clairet, liquoreux ou long en bouche, c’est lui le protagoniste de ces lignes. Rouge, blanc ou rosé, le vin est pluriel. 

Par ailleurs on souscrit volontiers à la citation de Pasteur qui souligne qu’il y a plus de philosophie dans une bouteille de vin que dans tous les livres. In vino veritas !

En cette fin d’année morose nous allons tous trinquer car on trinque pour le plaisir d’être ensemble – même si cela doit se faire en tout petit comité et avec modération. 

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Quand les philosophes antiques s’intéressent au sel de la vie

Anselm_Feuerbach_Le banquet de Platon

Anselm Feuerbach, Le Banquet de Platon, 1869, Staatliche Kunsthalle Karlsruhe (Allemagne) Copyright: Wikipedia

“Suivant Xénophon on élisait un chef de banquet (sumposíarkhos) qui … devait fixer à l’avance le nombre de coupes que devait vider chaque convive”  Le Banquet, Platon, traduction Luc Brisson , GF Flammarion. Et si pour ces fêtes on élisait un chef de beuverie pour parler d’amour tout en gardant la distanciation sociale?

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Et puisqu’il est question de fêtes de fin d’année, ressourçons- nous avec Le Banquet de Platon, véritable chef d’œuvre de l’Antiquité concocté par le philosophe grec vers 375 av. J.-C. où la consommation de vin – qui est tout sauf modérée – est également un prétexte à philosopher et pratiquer l’art de la rhétorique.

Dans ce texte, il est question de l’amour, du désir, de l’amitié, ainsi que de l’ivresse, et bien sûr, du plaisir du dialogue … En d’autres termes, ce que Françoise Héritier appelait « le sel de la vie ». Un sujet en totale adéquation avec l’état d’esprit que Noël nous procure.

L’intrigue est connue : au cours d’un banquet, Platon et les autres convives – Socrates, Phèdre, Pausaunias, Eryximaque, Aristophane, Agathon, Alcibiade – décident de prendre la parole, chacun à son tour, pour essayer de définir la nature et les vertus de l’Amour.

Phèdre est le premier à s’exprimer. Il annonce qu’Eros, dieu de l’Amour, est le dieu originel, le plus ancien. Pausanias souligne la nature double de l’amour, à la fois bonne et mauvaise. Eryximaque cherche sans cesse à réconcilier l’amour mesuré et l’amour excessif. Aristophane imagine un temps où les hommes étaient doubles, hermaphrodites. Zeus décide alors de réduire leur pouvoir en les divisant. Désemparés, ces derniers se mettent à la recherche de leurs moitiés, leur partie manquante. Eros est la force qui nous aide à retrouver notre moitié.

Selon Agathon, l’amour ne connaît ni violence car il maîtrise les désirs, ni injustice car il met de l’harmonie partout. « L’amour est désir, explique Socrate. Et désir est manque : Ce qu’on a pas, ce qu’on n’est pas, ce dont on manque, voilà les objets du désir et de l’amour ». Quant à Alcibiade, le bonhomme arrive au banquet complètement ivre…

N’oublions pas que les banquets (aussi appelés sumpósios) étaient non seulement l’occasion de réfléchir et de philosopher mais aussi d’apprécier les plaisirs de la bonne chair et du bon vin (même si ce dernier était coupé à l’eau). Refaire le monde avec ses camarades en évoquant le dieu de tous les plaisirs, Dyonisos, « symbole de la puissance enivrante de la nature, de la sève qui gonfle les grains de raisin et qui est la vie même de la végétation ».

Cela ne nous a pas échappé, boire du vin n’est pas un plaisir moderne, le vin dans l’Antiquité Grecque était considéré comme un ingrédient indispensable au bon succès de ces festins. Le rôle social du banquet était important, il faisait office de pierre angulaire de la civilisation grecque et romaine.

Que notre clé de voute à nous soit l’espérance, l’amitié, le courage et la joie, chers amants du vin.

Puissions-nous fêter Noël joyeusement et, à l’instar de Platon et de ses comparses, en invitant à nos tables Eros et Dyonisos.

Allez, le vent se lève !… Il faut tenter de vivre.

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