Sideways a 21 ans, et le Merlot n’a toujours pas complètement pardonné
Octobre 2004. Une comédie avec Paul Giamatti en mode catastrophe ambulante sort dans les salles américaines. Budget modeste, ambitions limitées, histoire de deux quadras en road trip dans les vignobles de Santa Barbara. Personne ne s’attend à ce que ce film change la face du marché mondial du vin.
Spoiler : il a changé la face du marché mondial du vin.
La scène, vous la connaissez peut-être. Miles Raymond, le héros aussi attachant qu’insupportable, apprend que son ami Jack est sur le point de commander un Merlot. Sa réponse est restée dans les annales : “Non. Si quelqu’un commande du Merlot, je pars. Je ne bois PAS de foutus Merlot.”
Une seule réplique. Vingt secondes. Et le Merlot californien a passé les dix années suivantes à essayer de se remettre debout. En 2006, le sujet a été même un thème de l’examen D3 du sérieux Diploma WSET niveau 4!
L’ironie que personne ne mentionne
Voilà ce qui est vraiment savoureux dans cette histoire : la bouteille mythique que Miles chérit comme son trésor absolu, celle qu’il boit seul dans un gobelet en plastique de fast-food dans la scène finale — symbole de toute sa mélancolie splendide — c’est un Château Cheval Blanc 1961. Un assemblage de Merlot et de Cabernet Franc.
Miles a passé tout le film à détester le Merlot. Son vin préféré au monde était en fait un assemblage de Merlot. Le réalisateur aurait voulu utiliser du Château Petrus Pomerol, qui est 100% Merlot, mais on lui aurait refusé la permission.
Le rebond (partiel)
La bonne nouvelle pour les amateurs de Merlot : le cépage résiste. Il reste quatrième le plus planté au monde avec 266 000 hectares (OIV). On le trouve en Europe et dans le Nouveau Monde. Ses vins opulents, délicats et élégants sont un succès partout où ils passent. En Californie, les producteurs sérieux — Duckhorn en tête — en ont profité de l’effet Sideways pour éliminer les plantations médiocres et recentrer sur la qualité. Le film a peut-être forcé le ménage que l’industrie n’aurait pas eu le courage de faire seule.
Et dans les faits, un bon Merlot californien offre aujourd’hui souvent plus de rapport qualité-prix qu’un Pinot Noir équivalent, précisément parce que sa réputation n’a pas encore entièrement récupéré. C’est le secret le mieux gardé des sommeliers.
Accord mets-film de la rédaction
Si vous regardez Sideways ce week-end — et vous devriez — faites-le avec un verre de Merlot. De préférence californien, de préférence qualitatif. C’est le meilleur pied de nez à Miles Raymond qu’on puisse imaginer.
Et si vous voulez aller jusqu’au bout de l’ironie, cherchez un Cheval Blanc. Mais là vous sortez du budget Pop & Pinot pour entrer dans le budget Art de vivre de milliardaire.





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